À rebours d’une construction standardisée héritée de l’après-guerre, notre démarche s’ancre dans une redécouverte vivante des matières premières locales et des savoir-faire qu’elles appellent. La terre crue, loin d’être une ressource rare ou fragile, est un matériau minéral abondant, prélevé sans nuire aux sols fertiles, et mis en œuvre avec une transformation minimale. Géosourcée, sobre en énergie, presque immobile dans son cycle – puisqu’elle peut être réemployée indéfiniment ou simplement rendue à la terre sans altération – elle incarne une évidence écologique. Mais son intérêt ne s’arrête pas là : en sollicitant davantage la main que la machine, elle redonne toute sa place à l’intelligence du geste, au travail collectif et à la transmission des techniques. À l’échelle du bâti, elle offre un confort remarquable auprès de shabitants, régulant naturellement l’humidité et la température pour créer des ambiances saines et équilibrées, été comme hiver, tout en restant d’une grande simplicité d’entretien et de réparation.
Aux côtés de la terre, la pierre prolonge cette logique de bon sens et de durabilité. Matériau ancestral par excellence, elle traverse les siècles sans perdre ses qualités, offrant solidité, inertie thermique et ancrage au territoire. Extraite et mise en œuvre avec attention, souvent à proximité des chantiers, elle participe elle aussi à réduire l’empreinte environnementale tout en donnant aux constructions une présence intemporelle. Ensemble, la terre et la pierre composent une architecture sobre, sensible et pérenne, profondément liée à son contexte, et tournée vers une manière plus juste et responsable de bâtir.
La démarche s’inscrit d’abord dans une volonté de réconciliation entre l’architecture et la société. Après un XXe siècle marqué par une architecture parfois autocentrée, produite comme objet ou image, ces matériaux réintroduisent une relation sensible et directe avec les usagers. Ils participent à une écriture architecturale renouvelée, perceptible et compréhensible, car vécue physiquement. L’atelier défend également une approche non dogmatique, fondée sur la complémentarité des matériaux. Le « bon matériau au bon endroit » guide une écriture architecturale hybride, associant biosourcé, géo-sourcé et matériaux conventionnels selon leurs performances respectives (isolation, inertie, durabilité). Cette logique permet d’inscrire les projets dans leur territoire, en mobilisant des ressources locales et des savoir-faire artisanaux.
L’atelier Belenfant Daubas a abordé ces expérimentations décarbonés dès la fin du XX -ème siècle. Pionniers de la construction en terre crue, chanvre, alimenté par l’apprentissage à partir des bâtis anciens de leur territoire, pour l’infuser dans les constructions contemporaines.
L’histoire de l’architecture s’est constituée avec cette logique de réemployer les ressources disponibles. Par nécessité, logique, pragmatisme, des quartiers, des bâtiments entiers ont fait l’objet d’un processus de recyclage : l’humanité vit à « crédit écologique ». Désormais situé aux alentours du mois de juillet, le « jour du dépassement » correspond au moment à partir duquel elle a consommé plus de ressources naturelles et émis plus de gaz à effet de serre que ce que les écosystèmes n’ont la capacité de produire ou d’absorber en un an. Si l’échéance fatidique de 2026 n’est pas encore connue à l’échelle de la planète, elle l’est en revanche pour la France, à la date du vendredi 24 avril.
Nous sommes attentifs à conserver, comme utile ce qui a déjà été fabriqué, un quart, un bâtiment, un matériau une fois existant doit avoir plusieurs vies, nous croyons à la réincarnation !
Quelle est la place de chacun dans un processus de construction ? L’économie de ressources engage une débauche de moyen, ou comment plus de matière grise limite l’énergie grise. Par l’intégration à tous les stades (programmation, conception, réalisation) de nombreux paramètres (humains, naturel, technique), la traduction spatiale s’enrichit. La posture de l’architecte évolue pour entendre, assimiler, déployer et ainsi porter un projet commun avec une attention aux usagers, habitants, nature, ressources, capable de rentrer en résonance avec l’espace temps, le territoire, les transformations sociétales propre au XXIe siècle.
Quelle richesse ! L’inventivité des générations précédentes est toujours visible notamment à partir des bâtiments qu’elles ont conçues. À travers l’œil du détective-expert que nous avons patiemment cultivés à travers plusieurs centaines de bâtiments expertisés, nous nous efforçons de comprendre les logiques constructives utilisées successivement lors des multiples phases de construction afin d’intervenir en cohérence avec celle-ci. Un véritable travail d’enquêteur, à travers le diagnostic, permet ensuite de poser les bases d’une intervention en phase complète avec ce que peut offrir le bâtiment. Un dialogue s’installe, pour poursuivre la transmission des actions à destination des futures générations.
L’Atelier Belenfant Daubas conçoit l’école comme un véritable lieu de vie, dépassant la seule salle de classe pour devenir un « amplificateur d’usages », véritable support pédagogique d’échanges, de culture et de lien social à l’échelle de la commune.
L’atelier développe une démarche globale croisant enjeux sociaux, économiques et écologiques. Elle s’appuie sur une sélection militante des matériaux, notamment biosourcés, et sur la valorisation des ressources locales, dans une logique de cohérence et de sobriété constructive. L’approche intègre pleinement les espaces extérieurs, conçus par nos collègues paysagistes comme des prolongements pédagogiques valorisant le végétal, la lisibilité des accès et la présence du vivant.